Tous les morts sont ivres… ~ O.V. de L. Milosz

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Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale
Au cimetière étrange de Lofoten.
L’horloge du dégel tictaque lointaine
Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten.

Et grâce aux trous creusés par le noir printemps
Les corbeaux sont gras de froide chair humaine ;
Et grâce au maigre vent à la voix d’enfant
Le sommeil est doux aux morts de Lofoten.

Je ne verrai très probablement jamais
Ni la mer ni les tombes de Lofoten
Et pourtant c’est en moi comme si j’aimais
Ce lointain coin de terre et toute sa peine.

Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines
Au cimetière étranger de Lofoten
— le nom sonne à mon oreille étrange et doux,
vraiment, dites-moi, dormez-vous, dormez-vous ?

—    Tu pourrais me conter des choses plus drôles
Beau claret dont ma coupe d’argent est pleine
Des histoires plus charmantes ou moins folles ;
Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.

Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne
La voix du plus mélancolique des mois.
—    Ah ! Les morts, y compris ceux de Lofoten —
Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi.

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O.V. de L. Milosz [Poésies I, Les Sept Solitudes, Éd. André Silvaire]

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► À propos de Milosz, quelques mots et poèmes sur Esprits nomades.
► Voir aussi l’article sur Les armes secrètes de la poésie.
► Un autre poème sur Enjambées fauves.

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5 réflexions sur “Tous les morts sont ivres… ~ O.V. de L. Milosz

  1. OV de L Milosz, incroyable !!! C’est à lui que je dois le prologue de mon roman Plantation Massa-Lanmaux : « Les Antilles sont aussi loin que l’Espoir, Don Mateo de Gamboa Et tu ne reverras jamais la plus belle des femmes »… Citation approximative ! Mais Don Matteo Gamboa, c’est dans Cécilia Valdès de Cirillo Villaverde, puis La Fille aux Yeux d’Or de Balzac, puis Milosz, puis chez votre serviteur, si vous lui permettez une telle inscription…

    • Saluons l’impromptu et le hasard ! En reprenant la parole du poète – abstraction faite de la solitude -, je dirais « Soyez (la) bienvenue, vous qui venez à ma rencontre / Dans l’écho de mes propres pas, du fond du corridor obscur et froid du temps ». Il ne me reste plus qu’à lire PM-L pour pister les correspondances ! Coïncidence supplémentaire, j’étais à la relecture de Vents hier, glissé dans les bagages, avec l’envie d’en poster quelques bouts ici…

  2. Pingback: Danse macabre ~ O.V. de L. Miloscz | enjambées fauves

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