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« À l’épaulée de Joë Bousquet, comprendre que "le rythme est le père du temps" ce sera comme apporter sa pierre au cairn toujours aussi peu assuré des relations entre prose et poésie. »

Alain Freixe, in Le rythme donne temps, figure et vie
[Revue Nunc n°33, N° consacré à Joë Bousquet]

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(Deux poètes aimés, l’un et l’autre liés.)

Fil d’amitié

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pensant à toi

je voulais dire quelque chose comme

foudre & coquille

mais ce matin murmurant au corps & au regard

il n’y avait que reliques bleues d’écoubettes

& linge fin d’araignées

faits humbles de pointe du jour

chuintements naissants d’une chaleur promise

pour la nouvelle année posée au deux-tiers de l’autre

des herbes miraculeuses des voiles délicats

& sur la joue la fraîcheur d’une aube

gardée farouchement contre le monde

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Jos Roy

Tu t’obstineras ~ Aris Alexandrou

Photo © Tony Bates

Photo © Tony Bates

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TU T’OBSTINERAS
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Aussi haut puisses-tu monter, ici tu resteras.
Tu trébucheras et tu tomberas ici dans les décombres
à tracer des lignes
ici tu t’obstineras sans contrainte
sans jamais te réfugier dans une commode détresse
___________________________________jamais dans le mépris
et même si ont la force aujourd’hui ceux qui bâtissent la dévastation
et même si tu vois des colonnes d’hommes partir en rang vers la menuiserie
accepter fièrement
leur chantournement
et se placer dans de strictes cases
_______________________comme des pions.
Toi, tu t’obstineras comme si tu mesurais le temps par la succession des pétrifications
comme si tu étais sûr qu’un jour viendra
où les gendarmes et les vigiles tomberont l’uniforme.
Ici dans les décombres ensemencées de sel
que tu le veuilles ou non, tu avanceras
en calculant l’inclinaison à donner aux niveaux
tu t’obstineras, sciant seul les pierres
que tu le veuilles ou non, il te faut acquérir ton propre espace.

Aris Alexandrou, Voies sans détour,  YpSilon, 2014 (édition bilingue).
Traduit du grec par Pascal Neveu.

Remerciements spéciaux au Passeur de ce texte…

92.

Photo © Yann Seltek

Photo © Yann Seltek

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Quelque chose, un bruit sourd, s’insinue lentement dans la faille, sa teneur de gel fragmente en d’infimes éclats l’espace bouillant de la parole. J’ai souvenir de ces doigts agrippés au rocher, au bout desquels la peau entre aride dans l’absence, survivante d’une très ancienne volonté. Mais le noir strié du ciel de novembre se met à répéter l’écho perpétué des départs, le choc d’un quai d’arrivée pour toujours.

Chercher réponse dans l’obéissance au désir portait le leurre des coutures que l’on reprend, par économie de la déchirure.

VB, En mémoire de  V.