Fil d’amitié

.

pensant à toi

je voulais dire quelque chose comme

foudre & coquille

mais ce matin murmurant au corps & au regard

il n’y avait que reliques bleues d’écoubettes

& linge fin d’araignées

faits humbles de pointe du jour

chuintements naissants d’une chaleur promise

pour la nouvelle année posée au deux-tiers de l’autre

des herbes miraculeuses des voiles délicats

& sur la joue la fraîcheur d’une aube

gardée farouchement contre le monde

.
Jos Roy

Tu t’obstineras ~ Aris Alexandrou

Photo © Tony Bates

Photo © Tony Bates

.

TU T’OBSTINERAS
.

Aussi haut puisses-tu monter, ici tu resteras.
Tu trébucheras et tu tomberas ici dans les décombres
à tracer des lignes
ici tu t’obstineras sans contrainte
sans jamais te réfugier dans une commode détresse
___________________________________jamais dans le mépris
et même si ont la force aujourd’hui ceux qui bâtissent la dévastation
et même si tu vois des colonnes d’hommes partir en rang vers la menuiserie
accepter fièrement
leur chantournement
et se placer dans de strictes cases
_______________________comme des pions.
Toi, tu t’obstineras comme si tu mesurais le temps par la succession des pétrifications
comme si tu étais sûr qu’un jour viendra
où les gendarmes et les vigiles tomberont l’uniforme.
Ici dans les décombres ensemencées de sel
que tu le veuilles ou non, tu avanceras
en calculant l’inclinaison à donner aux niveaux
tu t’obstineras, sciant seul les pierres
que tu le veuilles ou non, il te faut acquérir ton propre espace.

Aris Alexandrou, Voies sans détour,  YpSilon, 2014 (édition bilingue).
Traduit du grec par Pascal Neveu.

Remerciements spéciaux au Passeur de ce texte…

92.

Photo © Yann Seltek

Photo © Yann Seltek

.

Quelque chose, un bruit sourd, s’insinue lentement dans la faille, sa teneur de gel fragmente en d’infimes éclats l’espace bouillant de la parole. J’ai souvenir de ces doigts agrippés au rocher, au bout desquels la peau entre aride dans l’absence, survivante d’une très ancienne volonté. Mais le noir strié du ciel de novembre se met à répéter l’écho perpétué des départs, le choc d’un quai d’arrivée pour toujours.

Chercher réponse dans l’obéissance au désir portait le leurre des coutures que l’on reprend, par économie de la déchirure.

VB, En mémoire de  V.

Sur une pietà de Tintoret ~ Yves Bonnefoy

Pietà (détail) - Le Tintoret

Pietà (détail) – Le Tintoret

.

Jamais douleur
ne fut plus élégante dans ces grilles
noires, que dévora le soleil. Et jamais
élégance ne fut cause plus spirituelle,
un feu double, debout sur les grilles du soir.

Ici,
un grand espoir fut peintre. Oh, qui est plus réel
du chagrin désirant ou de l’image peinte ?
Le désir déchira le voile de l’image,
l’image donna vie à l’exsangue désir.

Yves Bonnefoy, in Le dialogue d’angoisse et de désir
Poèmes, Poésie/Gallimard, 2006