Chevaux ~ Jean-Jacques Marimbert

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Depuis Au jour, la nuit,
avec l’aimable autorisation de l’auteur

 

Chevaux
 
Ruelles et façades
ne sont plus qu’ombres
tachées de sang
pas égarés creusent
une terre poussiéreuse
deux trois chiens flairent
çà et là des lambeaux
de présences effacées
il marche
en un ciel de fumées
que le vent mêle
aux fins nuages de glace
il marche
les lumières du soir
dessinent au sol des flaques
de clarté froissée ridée
reflets de fenêtres
il avance franchit
des seuils inconnus
pénètre dans des cours
aux pavés luisants ressort
descend vers le fleuve
les chemins se perdent
l’eau calme et lourde charrie
les troncs morts les pensées
jette à la mer les vies obscures
toutes ces vies croisées frôlées
sur les boulevards
sur le chemin de halage
il sent le souffle puissant
des chevaux de jadis
dans ses épaules la brûlure
des sangles de cuir
il entend gémir
le bois des péniches
il suit la berge
quitte la ville et
rejoint les chevaux
dans la nuit
des prairies oubliées.
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21 janvier 2014
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Ciel passager ~ Cécile A Holdban

Photo © Doctor Rober

Photo © Doctor Rober

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Ce qu’il faudrait, c’est
courir au vent à en pleurer
après le goût du sang
dans la bouche
émouvoir l’immuable,
estomper l’angle aigu de nos villes sabres
devenir alors
murmure du conteur

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Pluie II

mimant le couperet
serrée dans sa course
la langueur n’est certaine
que pour l’autre saison

le lit gelé où cesse mon sang
a le prix d’un printemps

Cécile A Holban, Ciel passager, L’Échappée Belle Édition, 2012

89.

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« Les choses n’ont en soi que peu d’importance, et même – remercions pour une fois la métaphysique de nous avoir enseigné quelque chose -, elles n’ont pas d’existence réelle. Seul l’esprit a de l’importance. Le châtiment peut être infligé de telle façon que, loin d’infliger une blessure, il apporte la guérison, de même que l’aumône peut être donnée d’une manière telle que le pain se métamorphose en pierre dans la main de celui qui donne.»

O. Wilde, De profundis
[trad. Pascal Aquien]

W.S. Graham ~ Ustensiles à leur place

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1

Quelque part nos particules intrinsèques
Ont foi en nous. Si nous pouvions seulement les trouver.

 

4

Un soir après être passé à la pointeuse
Sexuelle je me suis assis là où j’en ai l’habitude
Derrière ma barrière de mots accessoires.
Qui est là ai-je crié. Et le visage
Blanchement s’est aplati contre
La noire lunette de nuit comme un porc blanc,
Puis est entré, a exhalé près de moi
Son souffle fétide d’ossements de poète.

 

38

Il doit y avoir une manière de commencer à essayer
d’avoir même à fabriquer des vers
Comptant que la tête cornée du poème
Dépasse la triste grille du zoo
Rugissante gémissante aboyante à la manière
Propre de son espèce unique.
Viens, ma bête, il doit y avoir une façon
D’user de toi en tant qu’Objet Artistique aux moustaches
De fauve, ou grand Mangeur d’Art
Plongeant la langue dans le tumulus.
Le chasseur dans la forêt du langage
Sous le vent n’en veut qu’à ta peau.
Ta pâtée t’a étiré le cou ; le voilà
Trop visible par-dessus la grille municipale.
Si j’étais toi (ce que moi seulement suis)
Je ne tournerais pas cette tête haute
Pas même vers moi qui suis ton bon gardien.

 

43

Ici maintenant sous le Nez de la Poésie
Ma lampe de mineur comme la muse Minéral.
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Ustensiles à leur place (extraits) – 1977
in Les dialogues obscurs – Poèmes choisis
Black Herald Press, sept. 2013
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Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Hommassel et Blandine Longre
Préface de Michael Snow & Postface de Pauls Stubbs

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